Qu’est-ce que l’addiction aux écrans ?
De plus en plus de médecins, et notamment des addictologues, voient arriver des patients –
souvent jeunes – en souffrance suite à une utilisation excessive des écrans. Les usages
deviennent problématiques lorsque l’écran devient un refuge permanent, voire une échappatoire,
au point de déséquilibrer l’organisation de la vie.
De nombreuses recherches scientifiques ont mis en évidence des données physiologiques et
neurologiques qui confirment que l’usage excessif des écrans peut entraîner des effets similaires
à ceux observés dans les addictions classiques.
Sur le plan neurologique, les écrans activent fortement le circuit de la récompense, en libérant de
la dopamine, un neurotransmetteur associé au plaisir et à la motivation. Cette stimulation répétée
renforce le comportement, rendant l’écran de plus en plus difficile à délaisser.
Des études d’imagerie cérébrale ont également montré une réduction de l’activité du cortex
préfrontal, une zone clé dans le contrôle de soi, la prise de décision et la régulation des émotions,
ce qui pourrait expliquer la perte de contrôle observée chez les personnes fortement
dépendantes.
Sur le plan physiologique, l’exposition prolongée à la lumière bleue des écrans perturbe
la production de mélatonine, entraînant des troubles du sommeil qui affectent ensuite la
mémoire, la concentration et l’humeur.
Pourquoi cette dépendance aux écrans ?
Le temps d’écran augmente peu à peu, les habitudes s’installent, jusqu’à ce que les mécanismes
de régulation cessent de fonctionner. Cette perte de contrôle ne s’explique pas uniquement par
l’attrait de l’objet écran en lui-même, mais aussi par les bénéfices psychologiques
immédiats qu’il procure.
En effet, l’écran devient souvent un refuge, une échappatoire face aux émotions désagréables ; il
permet :
- de fuir le stress,
- de combler un vide affectif,
- ou encore de se sentir reconnu aux yeux des autres.
Cette dynamique est d’autant plus marquée chez les adolescents, qui constituent une population
particulièrement vulnérable.
L’adolescence est une période charnière de construction identitaire, durant laquelle le regard
des autres devient essentiel. Or, les réseaux sociaux accentuent cette pression en exposant les
jeunes à des normes souvent irréalistes, nourrissant la comparaison sociale et fragilisant
l’estime de soi.
Les grandes plateformes numériques comme TikTok, Instagram, YouTube ou Netflix utilisent de
nombreuses stratégies pour capter leur attention et les faire rester le plus longtemps possible.
Leurs objectifs sont de maximiser les temps de connexion des adolescents, car cela leur permet
de diffuser davantage de publicités et de récolter des données pour cibler encore plus
précisément des messages publicitaires.
Exemple : en seulement 20 minutes de navigation, un jeune utilisateur peut se voir proposer
une succession de vidéos portant sur la dépression, les troubles alimentaires, ou même
le suicide, sans avoir recherché activement ces sujets.
Repérer les signes d’un usage intensif non contrôlé/ d’une addiction
- Troubles physiques cognitifs et psychosociaux : isolement
- Fatigue visuelle
- Troubles du sommeil
- Sédentarité accrue
- Anxiété voire dépression
- Troubles des conduites alimentaires
- Idées suicidaires
Agir selon la tranche d’âge
Entre 3 et 6 ans
Limiter l’écran au maximum : toute activité de la vie réelle, en particulier si vous
interagissez avec votre enfant sera toujours plus bénéfique qu’un écran même si le
contenu se dit ‘éducatif’.
Si vous mettez votre enfant devant un écran, il faudra respecter quelques règles : Mettre en
place une règle familiale, que vous expliquez à votre enfant :
- Appliquez les 4 pas :
pas le matin pour lui permettre de développer ses capacités d’attention, pas pendant les repas
pour permettre les échanges de parole et pour éviter les troubles alimentaires, pas le soir avant
de se coucher parce que les écrans bloquent la sécrétion de la mélatonine indispensable à un
bon endormissement, pas dans la chambre afin de garder le contrôle sur le contenu et le temps
passé devant les écrans - Ne pas laisser la télévision allumée quand votre enfant est dans la pièce même si vous
pensez qu’il ne la regarde pas - Evitez d’utiliser vous-même votre tablette ou votre téléphone en présence de votre enfant
- N’utilisez pas d’écran pour le calmer
- Soyez le plus possible présent quand il est devant l’écran. Limitez à 30 mn par jour les
écrans et suivez la règle des 4 pas - Sortez chaque jour au parc que votre enfant puisse se dépenser suffisamment
Entre 6 et 12 ans
Continuez de limiter l’exposition aux écrans
- Pas d’écran le matin avant l’école : L’excitation sensorielle auditive et visuelle que subissent
vos enfants en regardant la télévision ou la tablette est massive. La concentration à l’école
sera altérée. - Prévoir un planning d’écran avec l’enfant = pas d’écran avant une certaine heure
définie à l’avance le week-end et les jours de vacances. Donner une heure minimum à
partir de laquelle la télévision peut être allumée - Pas d’écran lors des repas : Manger devant la télévision ou devant Youtube kid c’est
manger de façon automatique, sans prendre garde aux goûts, aux odeurs et aux textures. - Pas d’écran dans la chambre : préserver la chambre le plus longtemps possible de tout
écran. Laisser son enfant avec un écran dans sa chambre sans adulte présent, c’est comme
le laisser sans protection dans le monde numérique. - Pas le soir au moins une heure avant le coucher : la lumière bleue des écrans inhibe la
mélatonine (hormone qui nous aide à dormir) et les images excitantes retardent
l’endormissement. Les enfants adorent qu’on leur fasse la lecture et même quand ils savent
lire. C’est un doux moment de partage …
Combien de temps par jour ? par semaine ? selon l’âge : on peut proposer une heure par tranche
d’âge par semaine, exemple : 8 heures par semaine pour un enfant de 8 ans. Cette notion peut vous
être utile et donner une base de discussion avec vos enfants. Si vous êtes une famille nombreuse, il
est préférable de donner la règle suivante : pas d’écran les jours d’école et modérément les week-
ends.
Pour les + de 12 ans
Rappelez à votre ado : le portable n’est pas un droit mais un privilège, le portable appartient aux
parents (même si c’est un cadeau c’est bien vous qui payiez l’abonnement). Votre rôle de parent
est de protéger votre enfant dans le monde numérique comme dans le monde réel. Ce n’est pas
parce que votre enfant est dans sa chambre, physiquement présent qu’il est protégé et en
sécurité … Comme dans la vraie vie, votre adolescent a besoin de limite dans le monde
numérique.
Voici quelques conseils pour les protéger et limiter la surexposition :
Vous informer et informer votre enfant sur les mécanismes mis en place par les réseaux
sociaux, par YouTube ou par les jeux vidéos pour capter l’attention et rendre dépendant.
Vérifier l’âge ‘conseillé’ plateformes/des jeux vidéos surlesquels votre enfant navigue.
Il existe le code PEGI pour tous les jeux vidéos. Même si les amis de votre ado y jouent et n’ont
pas l’âge recommandé, il est essentiel de parler de l’existence de cette limite d’âge. Concernant
les réseaux sociaux sur lesquels vont les adolescents, ils ne sont autorisés qu’à partir de 13
ans en théorie, là aussi c’est une règle à rappeler.
Intéressez-vous à ce que votre ado fait comme jeu/sur les réseaux sociaux : demander à
votre adolescent de vous expliquer le but du jeu, les règles et voire de jouer avec lui. Les
adolescents adorent inverser les rôles et cela permet de partager et de rentrer dans l’univers de
votre enfant…
Contrôler l’accès à internet (screen time, family link, qustodio par exemple).
Respectez un temps d’écran par jour à décider ensemble la semaine et les week-end.
Pas d’écran à table pour toute la famille.
Aucun écran dans la chambre (dont le téléphone) à partir d’une certaine heure définie le soir (prévoir un réveil classique…)/ Ne pas s’endormir avec un écran.
Demandez à votre adolescent de mettre le téléphone en mode silencieux et retourné lors des
devoirs.
Prévoyez des périodes de déconnexion de la wifi à la maison.
